Processus de Plainte
Règlement intérieur, avis administratif et autres procédures douteuses
Tel qu’interprété par le Greffier des Eaux Dormantes
Le présent document fait autorité sur toute question relevant de La Patate Barbue, du site, de la ferme, du marais, des clôtures discutables, des outils égarés, des décisions prises trop vite, des animaux qui refusent de collaborer et des projets qui semblaient modestes avant de devenir des dossiers.
Ce règlement a été compilé, classé, humidifié, puis tacitement approuvé par le Greffier des Eaux Dormantes, alligator administratif résidant dans la mare aux canards, gardien des archives, des silences lourds et des précédents fangeux.
Nul ne sait depuis quand il est là.
Nul ne sait à qui il répond.
Personne n’a jamais vu son bureau, mais tout le monde s’entend pour dire qu’il existe.
Article 1 — De l’autorité du Greffier
Le Greffier des Eaux Dormantes exerce sa juridiction sur :
- les conflits de basse-cour;
- les litiges de clôture;
- les plaintes liées aux fossés;
- les désaccords éditoriaux inutilement dramatiques;
- les projets « temporaires » devenus permanents;
- les objets prêtés puis absorbés par le territoire;
- les décisions prises avec confiance, mais sans plan;
- les commentaires déposés avec beaucoup d’assurance et très peu de lecture;
- toute affaire suffisamment embourbée pour relever d’une intelligence amphibie.
Le Greffier n’élève jamais la voix.
Il n’en a pas besoin.
Article 2 — De la procédure de dépôt des plaintes
Toute plainte doit être soumise selon l’une des méthodes suivantes :
- être marmonnée au bord de la mare, d’un ton résigné;
- être confiée à un canard douteux qui ne garantira rien;
- être écrite sur un bout de papier humide et oubliée dans une poche;
- être racontée à voix haute pendant qu’on répare autre chose;
- être formulée dans un commentaire beaucoup trop long sous un article qui ne parlait pas vraiment de ça.
Le Greffier reçoit toutes les plaintes.
Le Greffier n’accuse réception d’aucune.
Article 3 — Des délais de traitement
Les délais administratifs varient selon :
- la température de l’eau;
- l’humeur générale du terrain;
- la gravité de l’affaire;
- le nombre de mensonges déjà racontés sur le sujet;
- la quantité de contexte réellement fournie;
- la présence ou non d’un seau renversé à proximité.
Toute demande peut être traitée :
- immédiatement;
- plus tard;
- à l’automne;
- après la fonte;
- après vérification des sources;
- ou jamais, si le Greffier juge que la vie s’en chargera d’elle-même.
Article 4 — Du silence administratif
L’absence de réponse du Greffier peut signifier :
- une approbation tacite;
- un refus absolu;
- un mépris procédural;
- une attente stratégique;
- une recherche de références;
- ou une simple sieste dans les roseaux.
Il appartient au demandeur d’interpréter ce silence avec prudence, humilité et une légère peur superstitieuse.
Article 5 — Des canards comme personnel auxiliaire
Les canards ne sont pas décisionnaires.
Toutefois, ils circulent librement entre la mare, la cour, les zones de conflit, les flaques de vérité et les lieux où quelque chose a encore été mal rangé.
À ce titre, ils constituent :
- un réseau de surveillance;
- une rumeur organisée;
- une forme de greffe administrative flottante;
- un système de notifications dont personne ne contrôle les paramètres.
Aucune information transmise par un canard ne peut être considérée comme fiable, mais aucune ne peut être ignorée.
Article 6 — Des comparutions obligatoires
Toute personne ayant prononcé l’une des phrases suivantes peut être convoquée devant la mare :
- « Ça va prendre cinq minutes. »
- « J’ai pas besoin de mesurer. »
- « Ça devrait tenir. »
- « On arrangera ça plus tard. »
- « C’est juste un petit trou. »
- « Le chien l’avait dans la gueule tantôt. »
- « Je pensais pas que ça s’enfoncerait autant. »
- « J’ai juste lu le titre, mais voici mon opinion. »
- « J’ai vu ça passer quelque part. »
- « Tout le monde sait ça. »
La comparution peut être symbolique, morale ou profondément humiliante.
Article 7 — Des archives du Greffier
Le Greffier conserve, dans une mémoire vaseuse mais impeccable, l’ensemble des précédents du site et de la ferme, incluant :
- les promesses non tenues;
- les budgets imaginaires;
- les réparations provisoires;
- les clôtures philosophiques;
- les projets abandonnés à moitié;
- les brouillons annoncés comme presque terminés;
- les outils jurés « perdus pour vrai », puis retrouvés au même endroit;
- les grandes déclarations d’assurance suivies d’un silence regrettable;
- les affirmations catégoriques déposées sans source ni bottes de caoutchouc.
Rien ne se perd.
Tout se dépose.
Article 8 — Des audiences spéciales
Dans les cas plus graves, le Greffier peut convoquer une audience extraordinaire avec la participation de :
- un coq procédurier;
- deux chèvres hostiles;
- un chien distrait;
- un corbeau observateur non invité;
- un lecteur ayant réellement lu l’article au complet;
- toute personne ayant déjà dit « fais-moi confiance » sans document à l’appui.
Ces audiences ne produisent aucun procès-verbal officiel, mais la honte qui en découle est reconnue comme exécutoire.
Article 9 — Des sanctions
Les sanctions possibles incluent :
- un regard lent venant de la mare;
- la perte soudaine de toute crédibilité;
- l’obligation morale de recommencer correctement;
- un détour inutile avec la brouette;
- une vis importante tombée dans le gravier;
- l’obligation de relire le paragraphe précédent;
- une pluie fine précisément au moment du correctif.
Dans les cas graves, le Greffier peut ordonner une sanction suprême :
« Laisse ça là, on verra demain. »
Cette sentence est rarement prononcée à la légère.
Article 10 — Des demandes de pardon
Une personne peut demander clémence au Greffier si elle reconnaît ouvertement :
- qu’elle n’a pas pris les bonnes mesures;
- qu’elle a cru le voisin trop vite;
- qu’elle a sous-estimé la boue;
- qu’elle a utilisé les mots « petit projet » sans fondement;
- qu’elle a commenté avant d’avoir terminé sa lecture;
- qu’elle a confondu une opinion avec une référence;
- qu’elle a tenté de réparer quelque chose avec de l’optimisme seul.
Le pardon n’est jamais confirmé, mais certains repartent sans incident majeur.
C’est déjà beaucoup.
Article 11 — De la présence du Greffier
Le Greffier n’a pas besoin d’être vu pour être présent.
Les signes suivants indiquent qu’il observe :
- un silence anormal autour de la mare;
- des canards trop calmes;
- une impression d’avoir oublié quelque chose d’important;
- un léger malaise administratif;
- un lien mort retrouvé dans un article de trois ans;
- le sentiment net qu’une décision ancienne vient de ressurgir sans avoir été invitée.
Article 12 — Clause finale de juridiction marécageuse
En lisant lapatatebarbue.ca, en circulant sur une ferme, en explorant un dossier ou en entreprenant un travail sur le territoire, vous acceptez que :
- toute décision a des suites;
- toute publication a une mémoire;
- toute réparation a un précédent;
- toute affaire mal réglée revient un jour;
- les canards savent plus de choses qu’ils ne devraient;
- le Greffier des Eaux Dormantes est déjà au courant.
Il ne vous en veut pas toujours.
Mais il prend des notes.
Dépôt d’une véritable correction
Les erreurs factuelles, liens brisés, renseignements désuets et autres anomalies pouvant être corrigées sans comparution devant la mare peuvent être signalés par les moyens de communication indiqués sur le site.
Les plaintes concernant la météo, l’existence des moustiques, le comportement général des courges et les décisions prises en 1998 demeurent toutefois sous l’entière juridiction du Greffier.
Mention officielle
Aucune copie certifiée conforme de ce règlement n’est disponible.
L’original repose probablement dans un classeur détrempé, quelque part sous les lentilles d’eau, entre une vieille permission tacite et une plainte déposée contre un mouton en 1998.
