07 – Tisanes et usages des plantes sauvages du Québec : boire et appliquer sans risque

Une plante sauvage peut servir de boisson, d’aromate ou dans un usage externe. Mais une infusion n’est pas toujours inoffensive, une huile essentielle n’équivaut pas à la plante et un usage traditionnel comprend une méthode précise.

Cueillette Sauvage

01 – Cueillette sauvage au Québec : identifier avant de goûter

02 – Fruits sauvages et fruits d’épicerie : pourquoi sont-ils différents?

03 – Reconnaître les petits fruits sauvages du Québec au-delà de leur couleur

04 – Où trouver des fruits sauvages au Québec : apprendre à lire la forêt

05 – Bleuetière naturelle ou industrielle : comment le bleuet sauvage devient une culture

06 – Plantes sauvages comestibles : crues, préparées, irritantes ou toxiques

07 – Tisanes et usages des plantes sauvages du Québec : boire et appliquer sans risque

08 – Cueillette sauvage au Québec : accès, sécurité et récolte responsable

09 – Canneberges sauvages et autres fruits au ras du sol

10 – Pourquoi le garde-manger sauvage du Québec contient-il si peu de légumes?

Ce qu’on peut boire ou utiliser autrement dans la forêt

Une plante n’a pas besoin d’être mangée pour attirer notre attention.

Certaines feuilles sont infusées. Des rameaux donnent une boisson aromatique. Des arbres fournissent une sève. Des écorces, des racines et des résines ont servi à différents usages. D’autres végétaux ont été appliqués sur la peau, employés comme matières protectrices ou intégrés à des préparations médicinales traditionnelles.

Cette diversité est fascinante, mais elle crée un nouveau raccourci :

Si ça ne se mange pas, on peut peut-être en faire une tisane ou se l’appliquer quelque part.

Non.

Faire bouillir une plante ne confirme pas son identité. L’appliquer sur la peau ne la rend pas inoffensive. Et l’existence d’un usage traditionnel ne fournit pas automatiquement la partie, la dose et la méthode nécessaires.

TL;DR

Une plante utilisée en infusion, en décoction ou sur la peau doit être identifiée aussi sérieusement qu’un aliment. Il faut connaître l’espèce, la partie employée, la préparation, la concentration, la durée d’utilisation et les risques particuliers. Une boisson aromatique n’est pas automatiquement un remède; une huile essentielle n’équivaut pas à la plante entière; un usage traditionnel ne peut pas être séparé de la méthode et du contexte qui l’accompagnent.

 

Une plante peut remplir plusieurs rôles

La même forêt peut fournir :

  • des aliments;
  • des boissons;
  • des aromates;
  • des matières premières;
  • des produits de santé naturels;
  • des plantes employées traditionnellement;
  • des substances utilisées sur la peau;
  • des matériaux pour fabriquer ou protéger des objets.

Ces catégories peuvent se croiser, mais elles ne doivent pas être confondues.

Une feuille ajoutée à une boisson pour son parfum n’est pas nécessairement utilisée à une dose médicinale.

Une plante connue comme remède traditionnel n’est pas automatiquement destinée à une consommation quotidienne.

Une substance appliquée sur la peau n’est pas nécessairement assez douce pour être employée sur une plaie.

Et une sève consommable ne signifie pas que tous les liquides produits par les arbres sont des boissons.

Le premier travail consiste donc à nommer l’usage réel, pas seulement la plante.

 

Une infusion extrait quelque chose de la plante

Ajouter de l’eau chaude ne fait pas que mouiller des feuilles.

L’eau extrait une partie des composés présents dans la matière végétale. Ce qui se retrouve dans la tasse dépend notamment :

  • de l’espèce;
  • de la partie utilisée;
  • de la quantité;
  • de la taille des morceaux;
  • de l’emploi de matière fraîche ou séchée;
  • de la température de l’eau;
  • du temps de contact;
  • du nombre de préparations consommées.

Une infusion légère et une décoction prolongée ne produisent donc pas nécessairement la même exposition.

Ce principe explique pourquoi « plus fort » ne signifie pas automatiquement « meilleur ». Une préparation plus concentrée peut augmenter l’arôme recherché, mais aussi la quantité de composés irritants, actifs ou toxiques.

Il faut résister au raisonnement suivant :

La plante est naturelle, alors je peux doubler la quantité.

Une recette documentée ne constitue pas seulement une suggestion de goût. La quantité, la durée et la partie utilisée peuvent faire partie de sa sécurité.

 

Feuille, rameau, écorce et racine ne sont pas interchangeables

Lorsqu’un guide indique qu’une plante a été employée en infusion, il faut encore savoir ce qui a été mis dans l’eau.

Une même plante peut contenir des proportions différentes de composés dans :

  • ses feuilles;
  • ses fleurs;
  • ses fruits;
  • ses graines;
  • ses rameaux;
  • son écorce;
  • ses racines.

Le fait qu’une feuille soit employée ne permet pas de remplacer celle-ci par une poignée d’écorce. Une baie consommable ne prouve pas que ses feuilles conviennent à une tisane. Une racine utilisée dans une préparation particulière ne signifie pas que toute la plante se mange.

Dans les produits de santé naturels vendus au Canada, l’identité de l’ingrédient, sa partie d’origine, sa dose, son usage et ses avertissements font partie des renseignements évalués et étiquetés. Santé Canada rappelle aussi que les plantes médicinales peuvent provoquer des effets indésirables, des réactions allergiques et des interactions avec des médicaments. (Canada)

En forêt, aucune étiquette ne précise ces conditions à notre place.

Une tisane n’est pas automatiquement un traitement

Le mot tisane semble généralement plus doux que le mot médicament.

Pourtant, une boisson végétale peut être préparée pour plusieurs raisons :

  • son goût;
  • son parfum;
  • la chaleur qu’elle apporte;
  • une habitude familiale;
  • un usage culturel;
  • un effet physiologique recherché;
  • une allégation médicinale.

Ces intentions ne demandent pas le même niveau de preuve.

Boire une plante parce qu’on apprécie son arôme ne permet pas d’affirmer qu’elle :

  • combat une infection;
  • contrôle le diabète;
  • guérit une inflammation;
  • remplace un médicament;
  • prévient une maladie.

Lorsqu’un produit est vendu au Canada avec une allégation de santé, son fabricant doit présenter des données correspondant à l’usage proposé et aux conditions d’utilisation. Un produit autorisé porte normalement un numéro de produit naturel, ou NPN, qui se rapporte à cette formulation et à son étiquetage. (Canada)

Ce numéro ne valide pas toutes les préparations artisanales de la même plante.

Une tisane cueillie en forêt peut employer :

  • une autre population végétale;
  • une autre partie;
  • une quantité différente;
  • une méthode différente;
  • une plante mal identifiée.

Le nom commun ne suffit pas à transférer l’évaluation d’un produit vers toutes les recettes possibles.

 

Le thé du Labrador : une boisson réelle avec de vraies limites

Le thé du Labrador est un bon exemple parce qu’il occupe plusieurs places à la fois.

Il est associé aux milieux boréaux, aux tourbières et aux traditions alimentaires et médicinales de différents peuples. Ses feuilles aromatiques ont été employées comme boisson et comme assaisonnement.

Mais son histoire d’utilisation ne transforme pas les feuilles en matière première sans limite.

Une revue scientifique consacrée au thé du Labrador signale la présence de composés comme le lédol et certaines grayanotoxines. Les auteurs recommandent la modération et mettent en garde contre les préparations concentrées ou une consommation trop fréquente. La composition peut aussi varier entre les espèces apparentées et les populations. (PubMed)

Ce cas nous apprend plusieurs choses :

  • une boisson traditionnelle peut contenir des composés biologiquement actifs;
  • la concentration compte;
  • plusieurs espèces proches peuvent partager un nom;
  • l’expérience historique fournit des connaissances, mais pas une permission d’improviser;
  • une utilisation occasionnelle n’équivaut pas à une consommation intensive.

Il faut également identifier le thé du Labrador lui-même, et non n’importe quel rhododendron poussant dans un environnement semblable.

Le nom d’un groupe botanique n’est pas une recette.

 

Thé des bois, petit thé des bois et huile de thé des bois

Les noms courants deviennent encore plus trompeurs avec les plantes à odeur de thé des bois.

Au Québec, on peut notamment rencontrer :

  • le thé des bois, ou gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens);
  • le petit thé des bois, ou gaulthérie hispide (Gaultheria hispidula).

Ces deux plantes n’ont pas exactement la même allure. La première porte un fruit rouge et de plus grandes feuilles persistantes. La seconde forme un petit tapis rampant et produit un fruit blanc translucide.

Leur parfum peut rappeler les bonbons, la gomme à mâcher ou certains produits pour les muscles. Cette familiarité olfactive peut pourtant masquer une différence fondamentale entre :

  • une plante;
  • une infusion;
  • un extrait;
  • une huile essentielle fortement concentrée.

L’huile de thé des bois contient une forte concentration de salicylate de méthyle. Les centres antipoison la classent parmi les huiles essentielles présentant une toxicité élevée lorsqu’elles sont avalées. Des crèmes musculaires contiennent également ce composé et peuvent être dangereuses en cas d’ingestion. (SickKids)

Cela ne signifie pas qu’une baie de thé des bois équivaut à une bouteille d’huile essentielle.

Cela signifie exactement le contraire :

La concentration transforme complètement l’exposition.

On ne peut pas utiliser l’histoire alimentaire d’une plante pour conclure que son huile essentielle se consomme. On ne peut pas non plus verser une huile concentrée dans une tasse simplement parce que son arôme provient d’une plante connue.

Les huiles essentielles ne sont pas des tisanes très fortes

Une huile essentielle est un extrait concentré de composés volatils.

Quelques gouttes peuvent représenter une quantité de matière végétale très supérieure à celle employée dans une infusion ordinaire. L’huile ne contient pas non plus nécessairement les mêmes proportions de substances que la plante entière plongée dans l’eau.

Les huiles essentielles peuvent :

  • irriter la peau;
  • irriter les yeux et les muqueuses;
  • provoquer des effets graves après ingestion;
  • interagir avec certaines conditions médicales;
  • présenter un risque particulier pour les enfants.

Le Centre antipoison de l’Ontario cite notamment l’huile de thé des bois parmi les huiles très toxiques et rappelle qu’une ingestion importante expose à une forte dose de salicylates. (SickKids)

Dans cette série, une huile essentielle sera donc toujours traitée comme un produit concentré distinct, jamais comme une simple prolongation de la plante fraîche.

 

« Aiguilles de conifères » n’est pas le nom d’un aliment

Les recettes de boissons forestières parlent parfois d’aiguilles de pin, de sapin ou d’épinette.

Le danger commence lorsque cette idée est résumée ainsi :

Les aiguilles de conifères se boivent.

Le mot conifère réunit plusieurs arbres et arbustes qui ne possèdent pas la même composition ni les mêmes usages.

L’if du Canada (Taxus canadensis) est aussi un conifère. Il figure dans les listes de plantes toxiques et ne doit pas être traité comme un substitut à une essence connue pour un usage alimentaire. (SickKids)

Une boisson à base de rameaux ou d’aiguilles demande donc une identification complète :

  • essence exacte;
  • disposition des aiguilles;
  • forme des rameaux;
  • bourgeons;
  • écorce;
  • cônes ou fruits;
  • odeur comme caractère secondaire;
  • partie traditionnellement employée.

L’odeur de résine ne suffit pas.

Un arbre persistant n’est pas automatiquement une épicerie de vitamine C. Et le mot pin employé librement dans une recette étrangère ne correspond pas nécessairement à l’arbre devant lequel on se trouve au Québec.

 

La sève est une récolte, pas une fontaine publique

Les sèves élargissent encore la notion de ressource forestière.

L’eau d’érable est évidemment liée à une importante culture québécoise. D’autres arbres ont aussi fait l’objet d’expérimentations ou de productions alimentaires.

Mais récolter une sève demande plus que de reconnaître un tronc.

Il faut considérer :

  • l’essence;
  • la saison;
  • la santé et la taille de l’arbre;
  • la méthode d’entaillage;
  • la propreté du matériel;
  • l’entreposage rapide du liquide;
  • la propriété du terrain;
  • les autres entailles déjà présentes.

Une feuille peut parfois être prélevée sans conséquence visible. Percer un arbre constitue une intervention.

La sève récoltée est aussi un produit périssable. Une eau légèrement sucrée laissée trop longtemps dans un contenant sale ou à une température favorable aux microorganismes ne demeure pas sécuritaire simplement parce qu’elle sortait d’un arbre vivant.

Cette série pourra présenter les différentes sèves utiles. Elle ne les traitera pas comme des robinets que chacun peut ouvrir au hasard.

 

Prélever une écorce ou une racine change la plante

Les parties souterraines et les écorces exercent une forte attraction dans les livres de survie et les listes de remèdes.

Elles peuvent aussi être parmi les récoltes les plus destructrices.

Arracher une racine peut supprimer la plante entière. Retirer une grande surface d’écorce peut interrompre la circulation interne d’un arbre, ouvrir une porte aux organismes nuisibles et provoquer sa mort.

Les produits forestiers non ligneux comprennent effectivement des aliments, des plantes médicinales et diverses matières végétales. Les recherches canadiennes sur ce secteur insistent toutefois sur la récolte durable et sur la nécessité de comprendre la capacité de renouvellement de chaque ressource. (Natural Resources Canada)

Au Québec, même certaines récoltes commerciales de thé du Labrador ou de branches d’if du Canada sur les terres publiques font l’objet d’un permis. Cela rappelle que « sauvage » ne signifie ni sans propriétaire, ni sans règles, ni inépuisable. (Gouvernement du Québec)

Avant de prélever une partie qui ne repoussera pas rapidement, il faut se demander :

  • la plante est-elle abondante?
  • la récolte la tue-t-elle?
  • l’espèce est-elle protégée?
  • le terrain permet-il cette récolte?
  • une partie moins destructive pourrait-elle remplir le même usage?
  • possède-t-on réellement les connaissances nécessaires?

Une racine inconnue n’a pas à être arrachée pour être photographiée.

Appliquer sur la peau n’est pas une solution de rechange sans risque

Lorsqu’une personne hésite à avaler une plante, elle peut croire qu’une application externe constitue un compromis prudent.

La peau est une barrière efficace, mais elle n’est pas un mur insensible.

Une préparation végétale peut :

  • irriter;
  • provoquer une allergie;
  • augmenter la sensibilité à la lumière;
  • causer une brûlure;
  • contaminer une plaie;
  • masquer une infection ou retarder un traitement nécessaire.

Certains produits topiques fonctionnent même en provoquant volontairement une irritation superficielle. Santé Canada définit les contre-irritants comme des substances appliquées sur la peau pour produire une irritation ou une légère inflammation dans le but de soulager certaines douleurs musculaires ou articulaires. (Health Canada)

Le salicylate de méthyle, associé à l’huile de thé des bois, fait partie de ces substances employées dans des produits formulés et étiquetés.

Écraser une plante sur sa peau ne reproduit pas automatiquement :

  • la concentration d’un produit;
  • sa pureté;
  • sa dose;
  • ses avertissements;
  • la surface d’application prévue;
  • sa durée d’utilisation.

La plante fraîche peut également contenir de la terre, des microorganismes, des insectes ou d’autres substances qui n’ont aucune raison d’être placées dans une plaie ouverte.

Soulager n’est pas guérir

Les mots employés pour décrire un usage externe doivent rester précis.

Une préparation peut éventuellement :

  • rafraîchir;
  • réchauffer;
  • parfumer;
  • absorber de l’humidité;
  • protéger temporairement une surface;
  • réduire une sensation légère;
  • servir dans un usage traditionnel.

Cela ne permet pas nécessairement d’affirmer qu’elle :

  • désinfecte une plaie;
  • traite une infection;
  • guérit une brûlure;
  • remplace des points de suture;
  • neutralise un venin;
  • répare un os;
  • soigne une maladie de peau.

Santé Canada avertit notamment que l’autotraitement avec un produit naturel peut retarder un traitement efficace et que les interactions, allergies et effets indésirables doivent être pris en compte. (Canada)

Dans cette série, nous distinguerons donc :

  • usage externe traditionnel;
  • effet physique simple;
  • usage cosmétique;
  • produit de santé naturel autorisé;
  • effet étudié en laboratoire;
  • efficacité démontrée chez l’humain;
  • allégation non vérifiée.

Une expérience en éprouvette ne transforme pas automatiquement une feuille en traitement médical.

 

Les savoirs autochtones ne sont pas une liste de trucs

Une grande partie des connaissances sur les plantes alimentaires et médicinales du territoire a été développée, conservée et transmise par les peuples autochtones.

Ces connaissances sont liées :

  • à une nation;
  • à un territoire;
  • à une langue;
  • à des saisons;
  • à des méthodes de préparation;
  • à des responsabilités envers la ressource;
  • à une transmission entre personnes compétentes.

Les Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation reconnaissent que les connaissances et les techniques liées aux aliments traditionnels sont transmises entre les générations et sont essentielles à leur récolte, leur préparation, leur conservation et leur partage. Elles recommandent aussi de consulter des Aînés compétents pour employer les méthodes traditionnelles en toute sécurité.

Écrire :

Les Autochtones utilisaient cette plante comme médicament

ne suffit pas.

Il faut chercher, lorsque l’information peut être partagée :

  • quelle nation;
  • dans quelle région;
  • quelle espèce;
  • quelle partie;
  • sous quelle forme;
  • pour quel usage;
  • avec quelles précautions.

Une mention générale et anonyme efface exactement les connaissances qui rendaient l’usage possible.

Traditionnel ne signifie pas figé ni universel

Les usages traditionnels peuvent varier entre communautés voisines.

Une même plante peut être :

  • consommée par l’une;
  • réservée à un usage médicinal par une autre;
  • préparée différemment;
  • évitée pendant certaines périodes;
  • employée avec d’autres ingrédients;
  • récoltée selon des règles précises.

Il faut aussi reconnaître que les savoirs évoluent.

Des pratiques anciennes peuvent être adaptées à de nouveaux contaminants, à la transformation du territoire, à la rareté d’une espèce ou aux connaissances médicales contemporaines.

Respecter une tradition ne consiste pas à recopier une phrase isolée dans un vieux livre.

Cela consiste à reconnaître qu’il existait un système complet derrière la phrase.

La preuve et l’expérience ne répondent pas toujours à la même question

Une plante peut avoir été utilisée pendant plusieurs générations sans avoir fait l’objet d’un essai clinique moderne.

Cette absence d’étude ne prouve pas que l’usage ne fonctionne pas.

Elle ne prouve pas non plus qu’il fonctionne.

L’expérience traditionnelle ou de terrain peut documenter :

  • la manière dont une plante était préparée;
  • les quantités habituellement employées;
  • les effets régulièrement observés;
  • les situations dans lesquelles elle était évitée;
  • la capacité d’une population végétale à supporter la récolte.

La recherche scientifique peut examiner :

  • les composés présents;
  • leur mécanisme;
  • leur toxicité;
  • leur absorption;
  • les interactions;
  • l’efficacité dans des conditions contrôlées.

Ces sources doivent être mises en relation sans que l’une soit déguisée en l’autre.

Une expérience vécue ne devient pas un essai clinique. Une analyse chimique ne remplace pas automatiquement les connaissances nécessaires à la récolte.

 

Les plantes médicinales peuvent interagir avec les médicaments

Une personne peut tolérer une tisane occasionnelle et rencontrer un problème lorsqu’elle :

  • prend un médicament;
  • est enceinte ou allaite;
  • souffre d’une maladie du foie ou des reins;
  • présente une allergie;
  • augmente la concentration;
  • combine plusieurs plantes;
  • utilise la préparation pendant une longue période.

Santé Canada souligne que les produits à base de plantes peuvent diminuer ou augmenter l’effet de médicaments d’ordonnance ou en vente libre, ce qui peut entraîner des effets secondaires ou une surdose. (Canada)

Cela ne signifie pas qu’un article général doit inventer une liste interminable de contre-indications.

Cela signifie que, lorsqu’une plante possède un véritable usage médicinal, la série devra documenter :

  • les populations concernées;
  • les interactions connues;
  • les effets indésirables;
  • les limites des données;
  • la durée et la forme d’utilisation étudiées.

Une fiche qui dit seulement « bon pour la santé » n’apporte rien.

Comment documenter un usage correctement

Pour une plante destinée à être bue ou appliquée sur la peau, il faut idéalement pouvoir répondre à ces questions :

  1. Quel est son nom scientifique?
  2. Quels noms courants peuvent créer une confusion?
  3. Quelle partie est employée?
  4. Est-elle fraîche, séchée ou transformée?
  5. S’agit-il d’une infusion, d’une décoction, d’un extrait ou d’une huile?
  6. L’usage est-il alimentaire, aromatique, traditionnel ou médicinal?
  7. Quelle quantité et quelle durée sont documentées?
  8. Quels risques et interactions sont connus?
  9. Quelles données manquent?
  10. La récolte endommage-t-elle la plante?
  11. L’espèce ou le lieu font-ils l’objet d’une protection?
  12. Qui détient et transmet la connaissance de cet usage?

Une réponse absente ne rend pas nécessairement l’usage impossible.

Elle indique simplement l’endroit où il faut arrêter de prétendre savoir.

 

Une promenade peut aussi servir à préparer une future boisson

Il n’est pas nécessaire de récolter immédiatement une plante aromatique.

Une première visite peut permettre de :

  • photographier le plant;
  • observer son milieu;
  • confirmer son abondance;
  • comparer les espèces ressemblantes;
  • noter la période des nouvelles feuilles;
  • chercher des références;
  • vérifier les droits de récolte;
  • trouver une source sérieuse sur la préparation.

On pourra revenir l’année suivante avec de meilleures connaissances.

Cette attente est particulièrement importante pour les feuilles persistantes. Parce qu’elles restent visibles longtemps, elles donnent l’impression qu’on peut les récolter en tout temps et sans limite.

La présence annuelle ne signifie pas une croissance rapide.

Boire et utiliser sans transformer la forêt en pharmacie

Les plantes sauvages peuvent offrir des saveurs, des odeurs et des usages remarquables.

Le thé du Labrador ne se réduit pas à un avertissement toxicologique. Le thé des bois n’est pas seulement une source de salicylate de méthyle. Les aiguilles, les sèves, les écorces et les racines ne sont pas seulement des problèmes à éviter.

Mais leur intérêt apparaît réellement lorsqu’on cesse de les présenter comme des recettes magiques.

Une bonne culture forestière reconnaît :

  • le plaisir d’une boisson;
  • la précision de la préparation;
  • la valeur des savoirs transmis;
  • les limites de la preuve;
  • les effets possibles;
  • la fragilité de la ressource;
  • la différence entre une plante et son extrait concentré.

La règle demeure la même que pour les fruits :

On identifie avant d’utiliser.

Il faut simplement lui ajouter trois questions :

Quelle partie? Quelle préparation? Pour quel usage réel?

 

Ce texte ne cherche pas à discréditer les survivalistes expérimentés, les cueilleurs, les herboristes ni les personnes qui ont reçu un savoir familial, territorial ou autochtone sur les plantes. Au contraire, lorsqu’on débute, ce sont souvent ces gens-là — ceux qui connaissent réellement les espèces, les saisons, les méthodes et les limites — qu’il faut consulter. La prudence vise surtout l’improvisation : une courte publication de blogue, une vidéo sans contexte ou un commentaire sur Facebook ne remplacent ni l’expérience du terrain ni une transmission sérieuse.


Sources et références

  • Santé Canada — Utilisation sans danger des produits de santé naturels. Risques d’effets indésirables, d’allergies, de mauvaise identification et d’interactions avec des médicaments. (Canada)
  • Santé Canada — Produits de santé naturels et exigences de mise en marché. Données requises pour évaluer l’innocuité, la qualité et l’efficacité d’un produit selon ses conditions d’utilisation. (Canada)
  • Santé Canada — Contre-irritants. Définition des produits topiques provoquant une irritation superficielle et encadrement de leurs ingrédients. (Health Canada)
  • Dampc et Luczkiewicz — Labrador tea: the aromatic beverage and spice. Revue sur l’histoire, la composition et les limites de sécurité du thé du Labrador. (PubMed)
  • Vengrytė et coll. — Profil phytochimique des espèces de thé du Labrador. Revue des composés présents et des connaissances pharmacologiques et toxicologiques disponibles. (PubMed Central (PMC))
  • Centre antipoison de l’Ontario — Huiles essentielles et crèmes musculaires. Risques liés à l’ingestion d’huile de thé des bois et de salicylate de méthyle concentré. (SickKids)
  • Gouvernement du Québec — Sécurité des enfants et plantes toxiques. Identification de l’if du Canada parmi les plantes pouvant provoquer des effets toxiques importants. (Quebec CDN)
  • Santé Canada — Lignes directrices canadiennes en matière d’alimentation. Importance des connaissances transmises, des méthodes traditionnelles et de la consultation d’Aînés compétents pour la préparation des aliments traditionnels.
  • Ressources naturelles Canada — Produits forestiers non ligneux. Recherche sur les aliments forestiers, leur culture et leur récolte durable. (Natural Resources Canada)
  • Gouvernement du Québec — Permis de récolte d’arbustes et d’arbrisseaux. Encadrement de certaines récoltes commerciales de thé du Labrador et d’if du Canada sur les terres publiques. (Gouvernement du Québec)
06 – Plantes sauvages comestibles : crues, préparées, irritantes ou toxiques 08 – Cueillette sauvage au Québec : accès, sécurité et récolte responsable